Vous dites : « C’est épuisant de s'occuper des enfants.» Vous avez raison. Vous ajoutez : « Parce que nous devons nous mettre à leur niveau. Nous baisser, nous pencher, nous courber, nous rapetisser. » Là, vous vous trompez. Ce n'est pas tant cela qui fatigue le plus, que le fait d'être obligé de nous élever jusqu'à la hauteur de leurs sentiments. De nous élever, nous étirer, nous mettre sur la pointe des pieds, nous tendre. Pour ne pas les blesser.

Janusz Korczak, Quand je redeviendrai petit (prologue), AFJK.

Municipales 2026 : place à une politique publique locale à destination des jeunes

Les 15 et 22 mars prochains auront lieu les élections municipales et communautaires (élu·es des intercommunalités). Or, les communes constituent un acteur majeur pour développer une véritable culture du respect des droits et besoins fondamentaux des plus jeunes. En effet, échelon de proximité, les communes et intercommunalités interviennent très concrètement dans leur quotidien (structures d’accueil petite enfance, cantine, périscolaire, sport, culture, espaces publics…, certaines de ces compétences étant parfois transférées à l’échelon intercommunal).

C’est pourquoi l’OVEO a souhaité faire partie des premiers signataires de cette tribune1 appelant à la création d’une délégation dédiée aux droits des enfants dans chaque conseil municipal, quel que soit le nombre d’habitats.

En effet, ce rôle, associé à des moyens humains et financiers, permettrait de mettre en place et de développer une véritable politique publique locale à destination des droits des jeunes personnes.

Chaque citoyen·ne peut signer la tribune sur le site dédié et interpeller les candidat·es en demandant des engagements pour le mandat à venir.

Nous pourrons relayer ici des initiatives permettant d’appuyer cette démarche.


  1. Une conférence de presse à laquelle nous avons participé s'est tenue mercredi 21 janvier à Bagnolet. Des rencontres territoriales sont prévues prochainement. ↩︎

« Le droit de correction parental n’existe pas » : une décision historique de la Cour de cassation

Allégorie de la Justice protégeant des enfants.
Image par Simon (Pixabay). Le lieu de prise de vue n’est pas identifié ; cette représentation n’est a priori pas représentative de l’iconographie judiciaire française…

Le 14 janvier 2026, la Cour de cassation a mis fin au droit de correction coutumier, 207 ans après l’avoir reconnu.

En effet, si en 1819 la Cour de cassation a pu établir que « la nature et les lois civiles donnent aux pères sur leurs enfants une autorité de correction« , elle abolit en 2026 cette disposition en précisant « qu’il n’existe pas un « droit de correction parental » : 

  • ni dans la loi française ;
  • ni dans les textes internationaux ;
  • ni dans la jurisprudence contemporaine de la Cour de cassation. »1

La décision de la Cour d’appel de Metz du 18 avril 2024 relaxant un père dont les faits de violence avaient pourtant été caractérisés était en effet difficile à comprendre au regard de l’évolution du droit, et notamment du vote de la loi du 10 juillet 2019.

Quelles conséquences cette décision a-t-elle d’un point de vue juridique ? 

Le droit de correction coutumier constituait une cause d’exonération de la responsabilité pénale des parents (et des enseignant·es) pour des violences dès lors qu’elles « n’ont pas causé un dommage à l’enfant, qu’elles restent proportionnées au manquement commis et qu’elles ne présentent pas de caractère humiliant » (Cour d’appel de Metz du 18 avril 2024).

Cela induit que dorénavant, l’article 222-13 du code pénal s’applique pleinement. Les condamnations actuelles consistent plutôt en des amendes ou de la prison avec sursis (ce qui avait été d’ailleurs le cas en première instance dans l’affaire en question). Il est également possible que le juge prononce une peine complémentaire de suivi d’un stage de responsabilité parentale (cette disposition pouvant également être prescrite comme mesure alternative aux poursuites, c’est-à-dire sans condamnation pénale).


En lien avec cette nouvelle, nous vous encourageons à écouter le podcast de MaM'Elles, « La violence éducative ordinaire : briser le silence », dans lequel Marion interviewe Anne-Claire Chermette, membre de l'OVEO, qui revient notamment sur les origines du droit de correction.


  1. Lien vers le communiqué de presse de la Cour de cassation : https://www.courdecassation.fr/toutes-les-actualites/2026/01/14/communique-violences-parentales ↩︎

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Quand la « minorité » disparaît dans la guerre mais réapparaît dans la mort : un autre scandaleux état d’exception

À ceux qui nous demandent d’accepter de perdre nos enfants.

Par Rodolphe Dumouch, membre de l'OVEO

En 1995, Christine Delphy écrivait « L’état d’exception : La dérogation au droit commun comme fondement de la sphère privée1 », dénonçant, pour la première fois, la condition juridique des personnes « mineures2 », exclues des droits humains fondamentaux par le statut que la société leur impose. Toutefois, elle a oublié que cet état d'exception peut entrer, dans la sphère publique, en intersection avec une autre  exception : l'état de guerre. À l'époque où elle rédigeait son article, on considérait le spectre d'un conflit éloigné pour toujours, il était donc naturel qu'elle ne l'envisageât pas de ce point de vue.

Le Ventre législatif : Aspects des bancs ministériels de la Chambre improstituée de 1834, Journal satirique La Caricature, n° 173, planche du 24 avril 1834. 

Le droit français, avec une approche binaire rigide (mais quand même à géométrie variable), refuse de reconnaître des degrés d'autonomie entre la naissance et la « majorité ». Ainsi, même un jour avant votre « majorité », votre signature ne vaut rien. Pas d'exception, rétorquera-t-on sèchement ; pourtant, des exceptions, il y en a au moins deux : aller en prison et faire la guerre. On pourrait ajouter aussi la « majorité sexuelle » qui n'est pas, comme beaucoup le croient naïvement, une reconnaissance d'autonomie dans ce domaine mais juste une moindre protection à partir de 15 ans3. Il en est de même pour les coups et blessures : au-delà de 15 ans, tu es assez fort4 pour être moins protégé et traité comme un « majeur »... Mais si l'on creuse, on trouve d'autres scories plus laides, d'autres pustules sur le visage de Marianne.

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Le colloque Misopédie 2 : pour une prise de conscience de la misopédie dans la société et dans les sciences humaines

par Catherine Barret, membre de l’OVEO

La 2ème édition du Colloque universitaire international transdisciplinaire sur la misopédie et la domination adulte dans les discours contemporains, portant plus spécialement sur l’aspect institutionnel de la misopédie, s’est tenue à Limoges les 9 et 10 octobre 2025. Environ 80 personnes étaient présentes dans la salle et plus de 200 en visioconférence, dont les questions ont également été posées à la suite de chacune des interventions, toutes particulièrement intéressantes. On peut penser qu’à la suite de ce colloque le concept de misopédie est véritablement entré dans le champ d’étude des sciences sociales et humaines, et espérer que cela contribuera à une prise de conscience dans les pratiques professionnelles et dans la société en général.

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Pas d’enfantisme sans Gaza : croiser les perspectives sur l’enfance

Depuis quelques mois « c’est parti », nous entendons de temps en temps le mot « adultisme » ou l’expression « domination adulte » dans une interview ou une conversation, nous les lisons dans un article ou un livre. L’oppression sur les plus jeunes sort de son invisibilité, la recherche des causes des violences sexuelles, et le travail de la CIIVISE y est pour une bonne part, aussi la médiatisation des violences physiques, psychologiques et sexuelles subies dans des pensionnats catholiques comme Bétharram.

Photographie issue du site charleroi-pourlapalestine.be

Photographie issue du site charleroi-pourlapalestine.be

S’y ajoutent depuis deux ans la massivité des morts d’enfants à Gaza, sous nos yeux, et la question du deux poids deux mesures : pourquoi le massacre des enfants de Palestine nous touche-t-il différemment, certain·es beaucoup et d’autres moins ou pas du tout ? Comme si les corps des enfants échoués sur la côte nord-ouest de la Méditerranée depuis des années, arrivés noyés jusqu’à nous, nous interpellaient sur notre véritable éthique. Et même celles et ceux qui arrivent en vie, au cœur de Paris, les MNA, les « mineur·es » non accompagné.es, les entendons-nous ??

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Publication d’un nouveau guide officiel à destination des parents

Dans la continuité de la refonte du carnet de santé en janvier 2025, l’État publie un guide à destination des parents de jeunes enfants.

Nous notons que des informations relatives à la prévention des violences physiques et psychologiques sont mentionnées, et notamment la loi du 10 juillet 2019 dans le carnet de santé.

Des références de sites sont données dans le guide ainsi que des numéros d’appel à destination des parents. Or, certains éléments nous interpellent particulièrement :

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Comment réagir lorsque nous sommes témoins d’une situation de violence éducative ordinaire dans l’espace public ?

Cet article fait suite à l’atelier animé par Macha ROBINE à l’occasion du Festival enfantiste et anti-adultiste du 4 mai 2025. À travers le théâtre-forum, nous avons pu explorer des situations rencontrées par les participant·es.

Nous proposons également de publier à la suite de cet article les témoignages et pistes que vous souhaiteriez partager. Pour cela, nous vous remercions de nous adresser votre contribution par courriel à l’adresse [email protected].

Jef Aérosol. Morceau d'une fresque réalisée dans le cadre de la deuxième édition du festival « Wall Street Art », 2018.
Jef Aérosol. Morceau d'une fresque réalisée dans le cadre de la deuxième édition du festival « Wall Street Art », Evry 2018. Cette œuvre est dédiée aux enfants en général, à ceux d’Evry en particulier.

C’est une question qui revient souvent pour les militant·es et personnes conscientes de ces violences banalisées et quotidiennes. Selon les circonstances, selon nos possibilités, les réactions peuvent être différentes. Cet article ne vise pas à apporter des réponses types, mais plutôt des pistes, afin de susciter une réflexion à froid pour mieux permettre à chacun·e de s’approprier ce qui lui semblerait le plus adapté pour réagir à chaud.

Ces situations peuvent générer des sentiments et émotions différentes : stress, peur, colère… qui peuvent nous bloquer dans la démarche d’intervenir : peur de la réaction de l’adulte (va-t-il/elle s’en prendre à nous, à l’enfant ?), peur d’intervenir de façon trop agressive ou encore sidération (la situation peut faire écho à nos propres traumas). Il arrive également que nous nous formulions des raisons pour ne pas intervenir (quelle légitimité, comment serait perçue notre intervention, notamment face à une personne d’une autre culture…).

L’« effet témoin » entre parfois en jeu : face à une situation nécessitant de l’aide, la probabilité d’une intervention est d’autant plus faible que les témoins sont nombreux1. Mais surtout, les paroles humiliantes et comportements violents envers les enfants obtiennent toujours une forte acceptation sociale en France. Il est en effet encore largement considéré qu’il s’agit d’affaires privées, relevant de l’éducation parentale.

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Quand prendre en compte les droits et besoins fondamentaux des plus jeunes engendre une panique morale

S'il est indiqué que le collectif des signataires est composé de plus de « 800 experts », beaucoup n'en sont pas en réalité.

La rentrée 2025 a été l’occasion de nouvelles prises de position médiatisées en faveur du maintien d’une culture de la punition et de la domination adulte.

La tribune publiée en opposition au référentiel national de la qualité d’accueil du jeune enfant (voir notre article dédié) a donné lieu à quelques articles et interviews dans l’ensemble peu nuancés.

En effet, les médias ont davantage mis en avant les arguments mentionnés dans la tribune, en donnant souvent peu de place aux éléments précisés dans le référentiel, voire en dénonçant des points présentés de façon caricaturale. 

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Un nouveau référentiel pour les professionnel·les de la petite enfance

Le ministère du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles a récemment publié le Référentiel national de la qualité d’accueil du jeune enfant.

Il est le fruit d’un travail collaboratif de plusieurs mois avec des professionnel·les du secteur de la petite enfance, à la suite des dysfonctionnements constatés au sein des structures d’accueil des jeunes enfants (enquête IGAScommission d’enquête parlementaire, livres-enquêtes Le Prix du berceau, de Daphné Gastaldi et Mathieu Perisse, et Babyzness, de Bérangère Lepetit et Elsa Marnette).

Ce référentiel s’adresse aux établissements d’accueil du jeune enfant, aux assistant·es maternel·les (à leur domicile, au sein des crèches familiales), aux auxiliaires parentaux intervenant au domicile des parents, aux autorités de contrôle et d’accompagnement (PMI, CAF, inspection du travail…).

Il concerne aussi les élu·es et l’ensemble des acteur·ices de la petite enfance : relais petite enfance, lieux d’accueil enfants-parents, classes passerelles et toutes petites sections de maternelle pour les 2-3 ans, protection de l’enfance pour l’accueil et l’accompagnement des enfants de zéro à trois ans.

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Je ne guérirai pas de cette enfance…

Est-ce que je vais arriver à témoigner ?

J’ai 67 ans, ma mère en a 97. Mon père est décédé il y a quelques années. J’ai sept frères et sœurs, je suis la quatrième.

Je voudrais commencer par remercier ma mère d’avoir vécu si longtemps. Pas pour le bonheur qu’elle m’a apporté mais pour la réalité que sa longue vie m’a permis de mettre au jour. J’ai mis du temps à réaliser, beaucoup beaucoup de temps. Ce sont mes enfants qui m’y ont aidée. Mon fils aîné, diagnostiqué adulte d’un TDAH sévère, de multi-dys, et d’un stress post-traumatique, ma fille presque “parfaite” mais poursuivie par la charge qui a pesé sur elle de devoir réparer une famille pleine de trous. Et puis il y a eu un événement déclencheur, la révélation de mon plus jeune frère abusant sexuellement de sa belle-fille de 12 ans. Autant dire que ma relation à la famille, déjà passablement difficile, est devenue catastrophique.

Ma mère vit encore, et c’est pourquoi témoigner est si difficile.

Puis-je me permettre de poser sur elle le diagnostic de TSA (trouble du spectre autistique) ? J’hésite car je n’ai partagé cette hypothèse avec personne d’autre que mes enfants. J’hésite car j’aurais tellement, tellement, tellement voulu être une bonne fille, aimante et indulgente. Les quelques personnes de mon entourage qui m’ont fait part de leur amour pour l’un ou l’autre de leurs parents, voire les deux, ont toujours éveillé en moi un vertige : c’était donc possible d’aimer sa maman ?! Mais quelle chance !! Quelle chance, pour ces personnes, de vivre avec cette certitude, cette confiance, cette chaleur en elles ! Et j’avais beau m’efforcer, chercher, scruter mon enfance, j’avais beau tester des pensées, gestes ou paroles aimantes, je me sentais infiniment vide de cet amour, comme en deuil d’une totale inconnue.

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