Pourquoi appelle-t-on cruauté le fait de frapper un animal, agression le fait de frapper un adulte et éducation le fait de frapper un enfant ?

Comme après l’orage, les égouts vomissent la fange qu’ils recelaient depuis des siècles

Socrate et Alcibiade, Édouard-Henri Avril (1849-1928), 1900. Extrait de l'essai De Figuris Veneris de Friedrich Karl Forberg (1770-1848). L'inscription en bas à droite, Gnothi seauton, est l'exhortation de Socrate à ses amis, « Connais-toi toi-même » (source : Wikipédia).

Par Rodolphe Dumouch, membre de l'OVEO

Bien que certains aient encore l’impudence d’évoquer, pour Lyhanna, un « dysfonctionnement ponctuel » de la Justice ou un « trou dans la raquette », plus personne ne les croit1. Il y eut d'abord les 82 préconisations2 de la CIIVISE (Commission indépendante sur l’inceste et les violences faites aux enfants) en 2023. Elles visaient, entre autres, à corriger l’opacité des services français du Parquet quand, au Canada, la victime est informée en direct de chaque étape de la procédure, à combler le manque de prise en compte des préjudices moraux et financiers et à mettre en cohérence le parcours des victimes. Ces recommandations n'ont pas été suivies d'effet. Survint ensuite, en avril 2025, la condamnation de la France3 par la Cour européenne des droits de l’Homme. Cette décision est sans appel au sens propre comme au sens figuré. Il faut donc, comme toujours en France, un fait gravissime pour que la société civile commence à réagir, ces réactions à chaud pouvant, de surcroît, s’avérer éphémères.

Au-delà de ce contexte bien connu, une analyse structurelle plus profonde de ce que cet orage qui fait déborder les égouts fait remonter en eaux turbides, est salutaire. Ce sont des siècles de violence éducative, de misopédie et de domination adulte qui ont sédimenté et se retrouvent exhibés au jour, sous nos yeux. Ce moment permet de faire le point sur la nature du continuum de la violence sur les jeunes personnes et de ses déclinaisons institutionnelles, et de se rendre compte que nous héritons de structures nocives dont on ne pourra faire l’économie de l’abolition.

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Mort de  Lyhanna : la France ne protège pas les victimes de violence sexuelle

par Jean-Pierre Thielland, membre de l’OVEO

Une défaillance systémique

Portrait Lyhanna

Le meurtre de Lyhanna met en évidence l’incapacité de notre système judiciaire à protéger les enfants des prédateurs pédocriminels et criminels. Ce sont les défaillances de notre société dans son intégralité qu’il faut interroger.

10 mois après la plainte d'une petite fille de 10 ans, accompagnée d'examens médico-légaux, le suspect est resté libre. Libre d’agresser tous les enfants de son entourage et ce, sans qu'aucune institution ni aucun adulte ne se montre en capacité de les protéger.

Cette situation s’inscrit dans une logique massive et structurelle, et ne relève pas de simples dysfonctionnements individuels mais participe à un système qui laisse les agresseurs hors d’atteinte de la justice.

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L’enquête 2026 de la Fondation pour l’enfance sur « les » violences éducatives ordinaires

Le 17 avril 2026, la Fondation pour l'enfance a publié son troisième baromètre « sur les violences dites éducatives ordinaires ». Le recours à ces violences reste majoritaire malgré une connaissance de la loi de 2019 (83 % des personnes interrogées déclarent avoir recouru à au moins une violence au cours des 12 derniers mois, dont 36 % à la fessée).

La présentation disponible en ligne donne la méthodologie et les résultats détaillés de l'enquête, résumée dans une synthèse de 8 pages. L'enquête a été également présentée par la directrice de la Fondation, Joëlle Sicamois, lors d'une conférence de presse à laquelle ont assisté plusieurs membres de l'OVEO. Elle a évoqué, comme dans cet entretien sur BFM TV, le problème de l'obéissance considérée comme le but de l'éducation, mais qui fragilise les enfants, et la dimension systémique des violences ordinaires, qui en fait le terreau de violences plus "graves".

Cette année, le baromètre s’inscrit pour la première fois dans le cadre d’une enquête plus large, initiée en 2025, le projet de recherche PRÉVÉO ("Prévention des VEO"), dont le volet 2 comporterait des dispositifs d'intervention auprès des parents1 pour les sensibiliser "aux VEO" et le volet 3 consisterait à "questionner les professionnels sur leurs connaissances sur les VEO et leurs besoins pour mieux accompagner les familles"2.

L'article qui suit est une version de l'article de Jean-Pierre Thielland mis en ligne sur le blog L'enfant libre le 25 avril 2026.

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« Éduquer dans la dignité, éduquer à la liberté »

À propos du livre de Pierre Vesperini Pour les enfants. Éduquer dans la dignité, éduquer à la liberté1, ou l'expression d'idées très proches de celles de l'OVEO mais parfois avec le vocabulaire de l'adversaire.

Par Rodolphe Dumouch, membre de l’OVEO

Couverture du livre de Pierre Vesperini "Pour les enfants"

Une cause à contre-courant

Un engagement qui demande plus de courage que des engagements intellectuels plus traditionnels car, dans notre société obsédée par la communication, « décidément, la cause des enfants n'est pas seyante » (p. 404). Lors de ses recherches de compagnons de route dans son opposition à la vulgate médiatique initiée par Caroline Goldman, il constate les réactions : « Il semblerait que s'ils avaient pu, ils m'auraient dit qu'ils n'avaient jamais été enfants. Parfois même, au lieu d'un refus, mes appels rencontraient un pur et simple silence, et j'avais le sentiment de faire campagne pour une cause indigne, douteuse, louche » (p. 404).

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Municipales 2026 : place à une politique publique locale à destination des jeunes

Mise à jour 14 février 2026

Nous publions avec le Collectif Enfantiste deux documents que vous trouverez en téléchargement libre ci-dessous, afin d'interpeller les candidat·es de votre commune pour les inciter à ajouter à leur programme des actions en faveur des enfants et adolescent·es.

N'hésitez pas à vous approprier ces éléments ! Vous pourrez également vous en servir après les élections, et rencontrer la nouvelle équipe municipale pour lui faire part de ces propositions.


Les 15 et 22 mars prochains auront lieu les élections municipales et communautaires (élu·es des intercommunalités). Or, les communes constituent un acteur majeur pour développer une véritable culture du respect des droits et besoins fondamentaux des plus jeunes. En effet, échelon de proximité, les communes et intercommunalités interviennent très concrètement dans leur quotidien (structures d’accueil petite enfance, cantine, périscolaire, sport, culture, espaces publics…, certaines de ces compétences étant parfois transférées à l’échelon intercommunal).

C’est pourquoi l’OVEO a souhaité faire partie des premiers signataires de cette tribune1 appelant à la création d’une délégation dédiée aux droits des enfants dans chaque conseil municipal, quel que soit le nombre d’habitants.

En effet, ce rôle, associé à des moyens humains et financiers, permettrait de mettre en place et de développer une véritable politique publique locale à destination des droits des jeunes personnes.

Chaque citoyen·ne peut signer la tribune sur le site dédié et interpeller les candidat·es en demandant des engagements pour le mandat à venir.

Nous pourrons relayer ici des initiatives permettant d’appuyer cette démarche.


  1. Une conférence de presse à laquelle nous avons participé s'est tenue mercredi 21 janvier à Bagnolet. Des rencontres territoriales sont prévues prochainement. ↩︎

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« Le droit de correction parental n’existe pas » : une décision historique de la Cour de cassation

Allégorie de la Justice protégeant des enfants.
Image par Simon (Pixabay). Le lieu de prise de vue n’est pas identifié ; cette représentation n’est a priori pas représentative de l’iconographie judiciaire française…

Le 14 janvier 2026, la Cour de cassation a mis fin au droit de correction coutumier, 207 ans après l’avoir reconnu.

En effet, si en 1819 la Cour de cassation a pu établir que « la nature et les lois civiles donnent aux pères sur leurs enfants une autorité de correction« , elle abolit en 2026 cette disposition en précisant « qu’il n’existe pas un « droit de correction parental » : 

  • ni dans la loi française ;
  • ni dans les textes internationaux ;
  • ni dans la jurisprudence contemporaine de la Cour de cassation. »1

La décision de la Cour d’appel de Metz du 18 avril 2024 relaxant un père dont les faits de violence avaient pourtant été caractérisés était en effet difficile à comprendre au regard de l’évolution du droit, et notamment du vote de la loi du 10 juillet 2019.

Quelles conséquences cette décision a-t-elle d’un point de vue juridique ? 

Le droit de correction coutumier constituait une cause d’exonération de la responsabilité pénale des parents (et des enseignant·es) pour des violences dès lors qu’elles « n’ont pas causé un dommage à l’enfant, qu’elles restent proportionnées au manquement commis et qu’elles ne présentent pas de caractère humiliant » (Cour d’appel de Metz du 18 avril 2024).

Cela induit que dorénavant, l’article 222-13 du code pénal s’applique pleinement. Les condamnations actuelles consistent plutôt en des amendes ou de la prison avec sursis (ce qui avait été d’ailleurs le cas en première instance dans l’affaire en question). Il est également possible que le juge prononce une peine complémentaire de suivi d’un stage de responsabilité parentale (cette disposition pouvant également être prescrite comme mesure alternative aux poursuites, c’est-à-dire sans condamnation pénale).


En lien avec cette nouvelle, nous vous encourageons à écouter le podcast de MaM'Elles, « La violence éducative ordinaire : briser le silence », dans lequel Marion interviewe Anne-Claire Chermette, membre de l'OVEO, qui revient notamment sur les origines du droit de correction.


  1. Lien vers le communiqué de presse de la Cour de cassation : https://www.courdecassation.fr/toutes-les-actualites/2026/01/14/communique-violences-parentales ↩︎

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Quand la « minorité » disparaît dans la guerre mais réapparaît dans la mort : un autre scandaleux état d’exception

À ceux qui nous demandent d’accepter de perdre nos enfants.

Par Rodolphe Dumouch, membre de l'OVEO

En 1995, Christine Delphy écrivait « L’état d’exception : La dérogation au droit commun comme fondement de la sphère privée1 », dénonçant, pour la première fois, la condition juridique des personnes « mineures2 », exclues des droits humains fondamentaux par le statut que la société leur impose. Toutefois, elle a oublié que cet état d'exception peut entrer, dans la sphère publique, en intersection avec une autre  exception : l'état de guerre. À l'époque où elle rédigeait son article, on considérait le spectre d'un conflit éloigné pour toujours, il était donc naturel qu'elle ne l'envisageât pas de ce point de vue.

Le Ventre législatif : Aspects des bancs ministériels de la Chambre improstituée de 1834, Journal satirique La Caricature, n° 173, planche du 24 avril 1834. 

Le droit français, avec une approche binaire rigide (mais quand même à géométrie variable), refuse de reconnaître des degrés d'autonomie entre la naissance et la « majorité ». Ainsi, même un jour avant votre « majorité », votre signature ne vaut rien. Pas d'exception, rétorquera-t-on sèchement ; pourtant, des exceptions, il y en a au moins deux : aller en prison et faire la guerre. On pourrait ajouter aussi la « majorité sexuelle » qui n'est pas, comme beaucoup le croient naïvement, une reconnaissance d'autonomie dans ce domaine mais juste une moindre protection à partir de 15 ans3. Il en est de même pour les coups et blessures : au-delà de 15 ans, tu es assez fort4 pour être moins protégé et traité comme un « majeur »... Mais si l'on creuse, on trouve d'autres scories plus laides, d'autres pustules sur le visage de Marianne.

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Le colloque Misopédie 2 : pour une prise de conscience de la misopédie dans la société et dans les sciences humaines

par Catherine Barret, membre de l’OVEO

La 2ème édition du Colloque universitaire international transdisciplinaire sur la misopédie et la domination adulte dans les discours contemporains, portant plus spécialement sur l’aspect institutionnel de la misopédie, s’est tenue à Limoges les 9 et 10 octobre 2025. Environ 80 personnes étaient présentes dans la salle et plus de 200 en visioconférence, dont les questions ont également été posées à la suite de chacune des interventions, toutes particulièrement intéressantes. On peut penser qu’à la suite de ce colloque le concept de misopédie est véritablement entré dans le champ d’étude des sciences sociales et humaines, et espérer que cela contribuera à une prise de conscience dans les pratiques professionnelles et dans la société en général.

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Pas d’enfantisme sans Gaza : croiser les perspectives sur l’enfance

Depuis quelques mois « c’est parti », nous entendons de temps en temps le mot « adultisme » ou l’expression « domination adulte » dans une interview ou une conversation, nous les lisons dans un article ou un livre. L’oppression sur les plus jeunes sort de son invisibilité, la recherche des causes des violences sexuelles, et le travail de la CIIVISE y est pour une bonne part, aussi la médiatisation des violences physiques, psychologiques et sexuelles subies dans des pensionnats catholiques comme Bétharram.

Photographie issue du site charleroi-pourlapalestine.be

Photographie issue du site charleroi-pourlapalestine.be

S’y ajoutent depuis deux ans la massivité des morts d’enfants à Gaza, sous nos yeux, et la question du deux poids deux mesures : pourquoi le massacre des enfants de Palestine nous touche-t-il différemment, certain·es beaucoup et d’autres moins ou pas du tout ? Comme si les corps des enfants échoués sur la côte nord-ouest de la Méditerranée depuis des années, arrivés noyés jusqu’à nous, nous interpellaient sur notre véritable éthique. Et même celles et ceux qui arrivent en vie, au cœur de Paris, les MNA, les « mineur·es » non accompagné.es, les entendons-nous ??

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Publication d’un nouveau guide officiel à destination des parents

Dans la continuité de la refonte du carnet de santé en janvier 2025, l’État publie un guide à destination des parents de jeunes enfants.

Nous notons que des informations relatives à la prévention des violences physiques et psychologiques sont mentionnées, et notamment la loi du 10 juillet 2019 dans le carnet de santé.

Des références de sites sont données dans le guide ainsi que des numéros d’appel à destination des parents. Or, certains éléments nous interpellent particulièrement :

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