Comme après l’orage, les égouts vomissent la fange qu’ils recelaient depuis des siècles

Par Rodolphe Dumouch, membre de l'OVEO
Bien que certains aient encore l’impudence d’évoquer, pour Lyhanna, un « dysfonctionnement ponctuel » de la Justice ou un « trou dans la raquette », plus personne ne les croit1. Il y eut d'abord les 82 préconisations2 de la CIIVISE (Commission indépendante sur l’inceste et les violences faites aux enfants) en 2023. Elles visaient, entre autres, à corriger l’opacité des services français du Parquet quand, au Canada, la victime est informée en direct de chaque étape de la procédure, à combler le manque de prise en compte des préjudices moraux et financiers et à mettre en cohérence le parcours des victimes. Ces recommandations n'ont pas été suivies d'effet. Survint ensuite, en avril 2025, la condamnation de la France3 par la Cour européenne des droits de l’Homme. Cette décision est sans appel au sens propre comme au sens figuré. Il faut donc, comme toujours en France, un fait gravissime pour que la société civile commence à réagir, ces réactions à chaud pouvant, de surcroît, s’avérer éphémères.
Au-delà de ce contexte bien connu, une analyse structurelle plus profonde de ce que cet orage qui fait déborder les égouts fait remonter en eaux turbides, est salutaire. Ce sont des siècles de violence éducative, de misopédie et de domination adulte qui ont sédimenté et se retrouvent exhibés au jour, sous nos yeux. Ce moment permet de faire le point sur la nature du continuum de la violence sur les jeunes personnes et de ses déclinaisons institutionnelles, et de se rendre compte que nous héritons de structures nocives dont on ne pourra faire l’économie de l’abolition.
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